Earth-roots is part of a serie of clay rituals, including photographie, installation and vidéo-performances. «Pour moi aujourd’hui il ne s’agit pas de créer des objets fixes. Il y a un besoin de mutation, de mobilité, d’évolution. J’ai l’impression que nous arrivons dans une phase charnière de l’humanité et avec ma petitesse de fourmi, je fais résistance à tout ça, c’est d’abord une révolte intérieure. Je suis volontairement dans un processus de ralentissement. Les rituels-terre sont des temps d’arrêt. Il y a une incision dans le temps comme dans le tatouage.» Interview RevuePersona N°9 Philippine Schaefer se dit volontièrement «enfant sauvage». Depuis son enfance, grandi auprès de la nature, elle s’exprime par la matière, toutes les materiaux confondus, charnels et plastiques. «Des connexions avec l’élémental, avec les formes de vie de la matière, de la mémoire, il semble que seule une infime palette ait été explorée. Traverser, dissoudre, rejouer les frontières entre les corps et les matériaux ne relève pas d’un geste démiurgique mais d’une écoute. Une écoute que Philippine Schaefer performe au fil de rituels. La peau crie, à la recherche d’une sur-peau, d’une croûte protectrice, interrogation en acte, viscérale sur la nature de la surface. L’argile souffle sa partition à l’artiste au rythme où elle recouvre les pieds, les jambes, les bras, le ventre, la poitrine. C’est l’argile qui s’empare des mains de Philippine et conduit la vie transbiologique de cette dernière au-delà des géométries natales. Le natal est à venir. En avant de nos yeux couchés dans l’entre-deux des lumières défuntes. Tout corps déconstruit cherche une syntaxe de sauvetage, un « non » à l’agonie, un « non » aux fomes closes, déshabitées. La non-née, la trop-née, la née de travers, la née avant l’heure retrouve le chemin de l’autocréation, la secousse sœur siamoise, l’arche totem où s’engouffrer pour rejoindre le fœtal. Qui convoite le fœtal fait pousser des ailes-racines là où les pieds piétinent la terre. Qui pérégrine vers la caverne originaire s’avance à rebrousse-poil d’une durée obstinément muette. » [...] Texte par Véronique Bergen 2015
No categories selected