In english :
I’m grateful to the mug shot to affirm with her strength today her anthropometric will : do not smile, clear the face, stay motionless and do not express anything.
We know this way what it is for the police officer or the customs officer to recognize.
An administrative identity who surely has nothing to do with my work but whose postulates fascinate me. How do we question such shots and how can they pretend to unveil anything about the people they expose ?
I am a photographer and i also capture faces, faces loved or unknown among my encounters and my kinfolk.
And what i seek in their faces is probably not anything less than a bit of the identity of those whose the face is the most readable.
So why do not mingle the two advances ? Confronting the shots of the boy or the girl who’s getting ready and brush her hair, choosing the color of the background to be recognized by the look of the photographer who seeks to go beyond all that and capture, usually, an instant to try to know and understand ?
Do we say that we are at the photo booth window, at the lens of the studio photographer’s camera, at our computer webcam ? Do we recognize ourselves when we’re discovering the photo print ? Do this photo print changes the perception that we have of ourselves, the construction that we have done of who we want to be and who we dread to be ?
At the time of the selfies, of the rage to show ourselves and put ourselves on stage on instagram or tiktok, can we still conceive to describe ourselves in one single picture, a concentrate of ourselves against a fragmented or diffused self ?
I have in front of me a treasure : a shoe box full of unknown adolescents faces, of photos that we gave before the digital at high school, to create the file. Today, all of them are adults, and even old adults for some of them. Are they always a bit of what these shots reveal ? What is illusion and what is reality in what then constituted proof of each one's identity ?
I mix up all that and I am struck by the diversity, i try to find destinies, faintnesses, i seek for hopes and I find myself wanting to work with this raw material, all this life brought back from the past. All these looks, these noses and smiles ; all these hairs, these colors and forehead ; all these escaped expressions, these little weaknesses…
Here I am to seek faces, bringing shapes together, superimposing, including, modeling… Here i am to pursue the beauty, to track a character, to make possible a story. Here i am, in a different time of photography : me, who creates with a click, I fumble and hesitate, I erase and underline, I contemplate for a long time to finally decide.
And I surprise myself : below these recomposed portraits there is nobody hiding but there is so much of the identity of the world that I live trough, a camera in hand, that i decide to go further and to propose these faces to all the people who have never finished trying to find out who they are.
Severine Lenhard
En français :
Je suis reconnaissante à la photo d'identité d'affirmer avec force aujourd'hui sa volonté anthropométrique : ne pas sourire, dégager le visage, rester immobile et ne rien exprimer. On sait ainsi ce que c'est que reconnaître, pour le policier, le contrôleur ou le douanier. Une identité administrative qui n'a sans doute rien à voir avec mon travail mais dont les postulats me fascinent. Comment interroge-t-on de tels clichés et comment ceux-ci peuvent-ils prétendre dévoiler quoi que ce soit des gens qu'ils exposent ?
Je suis photographe et je capture moi aussi des visages, visages inconnus ou chéris, dans mes rencontres ou dans mon entourage. Et ce que je cherche sur ces visages, c'est sans doute rien de moins qu'un peu de l'identité de celles et ceux dont ils sont la face la plus lisible.
Alors pourquoi ne pas croiser les deux démarches ? Confronter les clichés du garçon ou de la fille qui s'apprête et se coiffe, choisit la couleur du fond pour qu'on le reconnaisse au regard de la photographe qui cherche à dépasser tout cela et capture, d'ordinaire, un instant pour chercher à connaître et à comprendre ?
Dit-on qui l'on est à la vitre du photomaton, à l'objectif du photographe de studio, à sa webcam d’ordinateur ? Se reconnaît-on quand on découvre le tirage ? Et ce tirage modifie-t-il la perception que l'on a de soi, la construction que l'on fait de qui on voudrait être et de qui on redoute d'être ?
A l'époque des selfies, de la rage à se montrer et à se mettre en scène sur Instagram et tik-tok, peut-on encore concevoir se décrire en une seule image, un concentré de soi contre un soi éclaté ou diffus ?
J'ai devant moi un trésor : une boîte à chaussures remplie de visages d'adolescents inconnus, de ces photos qu'on donnait avant le numérique au collège, au lycée pour constituer le fichier. Tous aujourd'hui sont adultes et même certainement de plutôt vieux adultes. Sont-ils toujours un peu de ce que ces clichés révèlent ? Qu’y a-t-il d'illusion, qu'y a-t-il de réel dans ce qui constituait alors la preuve de l'identité de chacun ou de chacune ?
Je mélange tout cela, suis frappée de la diversité, cherche à lire des destins, des malaises, des espoirs et me prends à vouloir travailler cette matière brute, toute cette vie remontée du passé. Tous ces regards, ces nez et ces sourires ; toutes ces chevelures, ces couleurs et ces fronts ; toutes ces expressions échappées, ces petites fragilités...
Me voilà à chercher des visages, à rapprocher des formes, à superposer, à inclure, à modeler... Me voilà à susciter la beauté, à traquer un caractère, à rendre possible une histoire. Me voilà dans un temps différent de la photographie : moi qui crée d'un déclic, je tâtonne et j'hésite, j'efface et je souligne, je contemple longtemps pour décider enfin.
Et je m'étonne alors : sous ces portraits recomposés ne se cache personne mais il y a tant de l'identité du monde que je traverse, appareil à la main, que je décide d'aller plus loin et de proposer des visages à toutes celles et ceux qui n'ont jamais fini de chercher à savoir qui ils sont.
Severine Lenhard